Proje(c)t

**English follows**

« Force est de constater aujourd’hui la quasi-banalisation des violences faites aux femmes et aux personnes qui ne rentreraient pas dans le moule normatif du genre1. Ce type de discrimination qui survient dans l’espace public est généralement invisibilisé. Bien que les agressions physiques et les injures de nature sexiste ou homophobe soient interdites, elles ne se produisent pas moins couramment dans la rue comme dans tous nos espaces de vie. L’espace public est un espace genré. La ville est pensée par et pour les hommes blancs, hétéro, de classe aisée.

A en croire les discours courants, la rue serait dangereuse en soi pour les femmes, qui seraient «biologiquement» vulnérables. Beaucoup de personnes ne se pensent pas capables de se défendre en cas d’attaque. Les grandes différences de traitement au cours de l’éducation genrée (les garçons sont souvent plus nourries que les filles, plus encouragés à faire du sport, à se bagarrer, à sortir, etc) expliquent pourquoi les femmes ne sont généralement pas conditionnées pour être à l’aise avec leur corps et l’espace. L’intériorisation des normes de genre a des impacts directs sur nos pratiques, nos comportements, nos représentations, de soi, des autres, et cela a pour effet de stigmatiser les individus qui ne s’identifie pas au rôle de genre qui leur a été imposé et tend à les vulnérabiliser.

Mais on nous inculque à tel point que nous sommes plus « faibles » que nous finissons par y croire alors même qu’on pourrait très bien être capables de nous défendre. C’est que les inégalités de genre s’installent très tôt dans les mentalités. Tout au long de notre socialisation, nous faisons l’objet de mises en garde répétées quant au risque que représente le fait de sortir seule en tant que femme. On nous inculque que la menace est partout et que sortir seule la nuit est un risque. Ainsi, nous sommes considérées comme de potentielles victimes.

De fait, les personnes qui s’identifient comme femmes passent moins de temps à l’extérieur que les hommes cisgenres et évitent de se promener seules, surtout la nuit. Cela va parfois jusqu’à l’« auto-exclusion », par peur d’être agressée. La peur d’être agressé-e semble alors être quelque chose de « naturel », d’« ordinaire ». La culture du viol est assez bien ancrée pour nous faire apparaître comme normal le fait de craindre d’être attaqué-e en rentrant chez soi. « L’homme » aurait des « pulsions incontrôlables » à assouvir et ce serait à nous de réussir à nous en protéger ou alors de les subir.

Les discours communs laissent donc penser que l’espace public serait foncièrement hostile aux femmes, alors que la sphère privée constituerait un havre de paix. Mais on sait que c’est dans la sphère domestique que se déroulent la majorité des violences faites aux femmes. Les attouchements, coups et viols se produisent plus souvent dans le cadre privé. Mais il ne s’agit pas de dire que la ville serait plus sécuritaire, loin de là. Les violences faites aux travailleuses du sexe font partie du quotidien et sont largement passées sous silence. L’écrasante majorité des personnes LGBTQI a subi au moins une agression (verbale ou physique) dans la rue et cela est particulièrement invisibilisé. Le tabou sur les agressions faites aux femmes racisées et aux femmes autochtones en dit long sur l’ancrage du colonialisme. Le nombre de femmes natives disparues ou tuées est alarmant.

Les femmes font donc couramment l’expérience de violences sexuelles dans l’espace public (allant des violences verbales aux violences physiques). Il s’agit généralement de drague insistante, d’insultes, d’être suivie, d’exhibitionnisme, etc. Ce type de violences est assez banalisé et prend place dans des lieux du quotidien. Constamment sollicitées, il semblerait que nous devrions être disponibles, à l’écoute, obéir et nous taire. Ces comportements nous poussent à ne pas nous sentir à notre place dans l’espace public et nous rappelle notre position de vulnérabilité. Ce type de violence nous laisse croire qu’on pourrait être la cible d’agressions plus graves encore et que notre place n’est pas dans la rue. Ces atteintes à notre liberté relèvent du quotidien banal.

En plus de ça, ce serait à nous de prendre des précautions particulières quand on se déplace seules et en particulier de nuit. Faire attention à ce qu’on porte (slut shaming!), être aux aguets en permanence, rallonger son chemin pour contourner la ruelle sombre, marcher vite, courir, raser les murs, faire semblant qu’on n’a pas peur malgré le cœur qui bat fort, faire semblant d’être au téléphone, serrer ses clés, son couteau, sa can de spray au poivre, demander à se faire raccompagner, ou encore… ne pas sortir du tout. Toutes ces manières d’éviter le risque d’être agressée sont des stratégies intériorisées depuis l’enfance. Mais cette peur qui nous anime est, en soi, déjà une oppression.

Nous ne voulons pas être considérées comme des victimes et nous ne voulons pas être des victimes. Sortir dans la rue, où on veut, quand on veut, comme on veut, affirmer notre présence, c’est déjà résister à l’ordre patriarcal et raciste. Nous ne voulons pas des flics et de leur artillerie sécuritaire. Nous voulons nous rapproprier l’espace et reprendre le pouvoir sur nos corps, que ce soit grâce à l’apprentissage de l’auto-défense, aux solidarités face aux oppressions, etc. Nous continuerons à revendiquer que l’espace public est aussi à nous. Pour que les violences de genre, de race, de classe, cessent enfin. »

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1 Au sens de genre, nous entendons les deux catégories qui sont historiquement construites et divisent l’humanité entre deux rôles figés : hommes et femmes, attribués à la naissance (bicatégorisation) et impose d’avoir une orientation sexuelle limitée au genre opposé (hétéronormativité). Ces normes sociales se font passer pour naturelles et conduisent à réprimer toutes personnes qui les transgresseraient.

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It is important to recognize the quasi-normalization of violence carried out against women and those who do not fit into the normative gender mold. This type of discrimination, while occurring in public space, is generally invisibilized. Although physical assault and sexist and homophobic insults are often prohibited, they still happen commonly in the streets, as in all other spaces we inhabit. Public space is gendered. The city is designed for and by wealthy, white, cisgender, straight men.

If we are to believe popular narratives, the streets in and of themselves are dangerous for women, who are “biologically” vulnerable. Many people do not consider themselves capable of self-defense against an attack. Vast differences in gendered upbringing (boys are often fed more than girls, encouraged to play sports, to fight, to go out, etc.) explain how women are generally not conditioned to be comfortable within their bodies and the spaces they encounter. Internalizing these gender norms has a direct impact on our practices, behaviours, representations of ourselves and others; this in turn has a stigmatizing effect on individuals who do not self-identify with the gender role that has been imposed on them and tends to make them vulnerable.

We are so indoctrinated to believe we are “weaker” that we end up believing it, even though we absolutely could be capable of defending ourselves. Gender inequalities are ingrained into our mindsets at a very young age. Throughout our socialization, we are subject to countless warnings about the risk that going out alone as a woman represents. We are taught to believe that danger lurks everywhere and that nighttime is riskiest. Therefore, we are always seen as potential victims.

As such, those who self-identify as women spend less time outside than cis-men and avoid walking alone, especially at night. This sometimes extends all the way “self-exclusion,” out of fear of assault. This fear of assault then becomes something thought of as “natural” and “ordinary”. Rape culture is ingrained enough to have normalized the fear of being attacked on our way home. “Men” are presented as having “uncontrollable impulses” and we are led to believe that it is up to us to protect ourselves or become subject to them.

Most common narratives thus lead us to think that public space will automatically be hostile to women, while the private sphere constitutes a safe haven. But we know that it is within these supposed safe domestic spaces that most of the violence against women occurs. Unwanted touches, assault and rape occur more often in private. But that’s not to say that the outside world is safer, far from it. Violence is perpetrated against sex workers every day, and largely occurs in silence. The overwhelming majority of LGBTQI people have experienced at least one aggression (verbal or physical) in the street and this reality is particularly invisibilized. The silence surrounding aggressions committed against racialized and indigenous women has long been an anchor of colonialism. The number of missing and murdered native women is alarming.

Women therefore commonly experience sexual violence in public space (ranging from verbal violence to physical violence). This manifests generally as leering, insults, being followed, flashing, etc… This type of violence is quite normalized and happens in everyday places. Constantly solicited, it can seem that we must be available, ready to listen, obey and shut up. These behaviours push us to feel out of place in public space and remind us of our vulnerable position. This type of violence leads us to believe that we will be the target of aggressions ever more severe and that our place is not in the streets. These attacks on our freedom are part of the everyday mundane.

More than that, it is put to us to take particular precautions when we travel alone, and especially at night. Watch what we wear (slut shaming!), be constantly on our guard, lengthen our route to avoid dark alleyways, walk quickly, run, hug the walls, appear to be unafraid even when our hearts are pounding, appear to be talking on the phone, clutch our keys, our knife, our can of pepper spray, ask to be accompanied, or else…don’t go out at all. All these ways of avoiding the risk of being attacked are strategies internalized since childhood. But this fear that drives us is in itself already an oppression.

We don’t want to be seen as victims and we don’t want to be victims. Going out in the street, where we want, when we want, affirming our presence, is already resisting the patriarchal and racist order of things. We don’t want any cops or their security arsenal. We want to reappropriate space for ourselves and reclaim power over our own bodies, whether this is from learning self-defense, from expressions of solidarity against oppressions, etc… We will continue to affirm that public space also belongs to us, until gendered, racist and classist violence finally stops.

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